Le Droit Franco
Je m’abonne
Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Des centaines de personnes étaient rassemblées mardi soir à Ottawa pour se recueillir et pleurer la mort des quatre membres d’une famille musulmane dont les vies ont été fauchées par un chauffard dimanche à London, en Ontario.
Des centaines de personnes étaient rassemblées mardi soir à Ottawa pour se recueillir et pleurer la mort des quatre membres d’une famille musulmane dont les vies ont été fauchées par un chauffard dimanche à London, en Ontario.

Crime haineux à London: les citoyens se recueillent à Ottawa

Ani-Rose Deschatelets
Ani-Rose Deschatelets
Le Droit
Article réservé aux abonnés
Des centaines de personnes étaient rassemblées mardi soir à Ottawa pour se recueillir et pleurer la mort des quatre membres d’une famille musulmane dont les vies ont été fauchées par un chauffard dimanche à London, en Ontario.

De nombreux discours, poèmes et prières se sont succédé pendant que, dans la foule, certaines personnes se serraient dans leurs bras, tandis que d’autres essuyaient une larme du revers de leur main. «Nous ne sommes qu’un et nous supportons la famille», a lancé au Droit Kamran, l'un des citoyens venus se recueillir devant le Monument canadien pour les droits de la personne, où avait lieu la vigile. «Le Canada ne représente pas ce qui s’est passé [à London].» 

L’immense tristesse était palpable dans la foule, tant du côté de la communauté musulmane venue pleurer les siens, que du côté des non-musulmans, aussi présents en grand nombre pour démontrer leur soutien. La ministre Catherine McKenna était d’ailleurs présente pour livrer un discours. 

Dimanche, Salman Afzaal et sa femme, Madiha Salman, leur fille de 15 ans et leur fils de neuf ans, ainsi que la mère Salman Afzaal ont été happés sur le trottoir par un camion à London. Seul leur garçon a survécu et a dû être hospitalisé pour soigner des blessures graves.

Un homme de vingt ans, Nathaniel Veltman, fait face à quatre chefs d’accusation de meurtre au premier degré et d’un chef de tentative de meurtre. Lors de la vigile à Ottawa, le message était clair dans la foule. Ces accusations ne suffisaient pas. Les personnes présentes à la veillée réclamaient haut et fort que le responsable fasse aussi face à un chef d’accusation d’acte terroriste. 

Elles réclamaient aussi que plus d’actions soient prises pour qu’un acte de la sorte ne se reproduise plus. 

«Je suis musulman, et je ne crois pas que les vigiles ont de l’importance», a lancé à cet effet Siddeeq, lorsqu’il a été abordé par Le Droit. Le jeune homme prenait part mardi à sa première vigile. «Nous nous sommes réunis avant, nous nous réunirons encore. Je suis venu cette fois parce que c’est le moins que je puisse faire, bien que je ne crois pas que ça fasse beaucoup de différence. Je vais dire ça à cœur ouvert, je ne suis plus un citoyen international et je n’ai plus les mêmes peurs que j’avais avant quand j’avais un statut temporaire. Parler haut et fort en tant que minorité visible est moins bien vu quand tu n’es pas du pays. Maintenant je n’ai plus de crainte de dire ce que j’ai en tête.» Selon lui, il n’y a plus de doute, la balle est maintenant dans le camp de la classe politique. «Rien n’est fait qui est tangible. Tout ce qu’ils font ce sont des paroles, il n’y a pas d’actions. S’ils faisaient quelque chose, leurs souhaits de Shabbat Shalom, leur reconnaissance des terres autochtones chaque fois qu’ils vont quelque part, voudraient vraiment dire quelque chose.»

Des centaines de personnes étaient rassemblées mardi soir à Ottawa pour se recueillir et pleurer la mort des quatre membres d’une famille musulmane dont les vies ont été fauchées par un chauffard dimanche à London, en Ontario.

Vives réactions du côté gatinois 

«Nous sommes choqués, profondément choqués par cet acte ignoble et haineux, cet acte de terrorisme et acte d’islamophobie», a lancé sans détour l'Imam du Centre Islamique de l'Outaouais, Ahmed Limame. «Toute personne dans ce pays a le droit de jouir paisiblement de tous les droits que le pays offre à tous ses citoyens. Que vous soyez musulman, juif, autochtone, noir, blanc, qui que ce soit.»

M. Limame est du même avis que les citoyens rencontrés mardi soir. Selon lui, un acte haineux doit être traité de la même façon, qu’il ait été perpétré par un individu de race blanche ou une personne musulmane, deux poids, deux mesures. «On a terrorisé la vie d’une famille comme vous et moi, qui avait des aspirations [...] et là, tout d’un coup, quelqu’un a décidé de violenter cette famille et de leur ôter la vie. Si c’était une personne musulmane qui avait fait cet acte, vous et moi on sait très bien que la couverture médiatique ne serait pas aussi limitée que cela», a-t-il souligné. Tout le monde en parlerait et tout le monde serait consterné. C’est un acte de terrorisme. On a terrorisé la vie d’une famille innocente. C’est la même finalité.  [...] Je pense que chaque crime haineux doit faire l’objet d’une enquête de sécurité nationale.»

«C’est un acte qui n’a aucun sens», a affirmé de son côté le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. Devant une telle tragédie, il a indiqué croire que les villes sont les gouvernements les mieux placés pour miser sur le dialogue du vivre-ensemble, «sur le terrain avec des vraies personnes dans des vrais quartiers.» «Des drames absolument terribles comme ceux-là démontrent l’importance qu’on le fasse. Le mieux vivre-ensemble est un des enjeux contemporains les plus importants de notre époque», indique-t-il, en ajoutant être fier que la Ville de Gatineau soit proactive à ce niveau. 

«Des drames comme ça, c'est terrible pour les familles, mais ça détruit aussi des communautés. C’est difficile d’avoir quelque forme de communauté que ce soit si des choses comme ça deviennent acceptables dans le monde dans lequel on vit», a-t-il renchéri. «Je pense que [les musulmans] peuvent se sentir en sécurité à Gatineau. On fait tout ce qu’il faut pour qu’ils se sentent en sécurité. Après l’attentat de la Mosquée à Québec, je voyais des gens ici me dire qu’ils étaient inquiets d’aller à la mosquée. Ça n’a pas de sens ça, dans une communauté comme la nôtre. Je suis certain que cet événement-là va rouvrir ces inquiétudes-là et c'est ce qu’on doit combattre.»