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Le ByTowne durant sa première fermeture liée à la pandémie de COVID.
Le ByTowne durant sa première fermeture liée à la pandémie de COVID.

Bytowne acheté par deux cinéphiles de Toronto

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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L'ancien administrateur et responsable de la programmation du Cinéma Bytowne, Bruce White, a dévoilé les noms des deux personnes qui ont accepté de reprendre l'exploitation de la salle de cinéma répertoire du centre-ville, d'Ottawa, fermée depuis décembre dernier.

Il s'agit d'Andy Willick et Daniel Demois, deux Torontois qui administraient ensemble le Fox Theatre à Toronto et le Apollo Cinema à Kitchener — deux salles à écran unique (comme le ByTowne) dont ils sont tous deux copropriétaires.

«Je suis heureux d'annoncer que Andy Willick et Daniel Demois prendront le flambeau [...]. Tous deux ont de l'expérience et de l'enthousiasme, et je suis plus qu'excité à l'idée des les voir poursuivre le fil de l'histoire du ByTowne», a partagé mercredi 9 juin Bruce White dans l'infolettre qu'il signe à destination de sa clientèle.

Les deux repreneurs ont profité de cette infolettre pour se présenter sommairement au public ottavien. 

«Nous possédons et exploitons depuis 2007 le Fox Theatre de Toronto, ainsi que le Cinema Apollo, à Kitchener, depuis 2014», précisent-ils.

Les futurs administrateurs ajoutent qu'ils oeuvrent aussi à titre de «programmateurs consultants», donnant des coups de pouce à différents administrateurs de salles de cinéma indépendantes à travers l'Ontario, dont le Screening Room, une salle multi-écrans basée à Kingston.

Ouverture «au début de l'automne»

La nouvelle équipe d'administrateurs estime qu'il est pour l'instant prématuré  de préciser la future date de réouverture du ByTowne – notamment à cause de l'incertitude liée à la règlementation sanitaire des prochains mois en Ontario – mais elle s'attend à pouvoir organiser ses premières projections «au début de l'automne».

Dans les circonstances actuelles, «il semble difficile de rentabiliser une salle de cinéma, avec une capacité aussi limitée que celle qui avait été imposée l'été dernier», ajoute M. Demois en entrevue.

Le Apollo Cinema, à Kitchener

Les deux hommes se décrivent comme des cinéphiles «ayant passé la plus grande partie de leur jeunesse dans les petites salles de cinéma répertoire de Toronto, à «visionner tout ce qu'ils pouvaient, de Sunset Boulevard à Eraserhead et de Army of Shadows à In The Mood For Love».

En tant qu'administrateurs, «nous avons développé un solide sens critique» et une bonne connaissance du cinéma d'auteur, indiquent-ils. «Participer à cette tradition cinéphile et la partager avec d'autres est quelque chose de très important pour nous», écrit aussi le duo.

En entrevue, Daniel Demois dit partager, tout comme son comparse Andy Willick, l'affection de Bruce White pour le cinéma international, les documentaires et les films indépendants.

«Nous pensons poursuivre dans cette veine», tout en déployant des efforts soutenus pour projeter des films canadiens... y compris le répertoire québécois – auquel les deux programmateurs n'accordaient, convient-il, que très peu de place sur les écrans qu'ils géraient à Toronto et Kitchener, car il n'y avait là-bas pas de demande en la matière, explique-t-il.

La marquise et la devanture du petit Fox Theatre de Toronto

M. Demois précise qu'il est bien conscient que ls habitués du ByTown constitue un profil démographique très différent de son habituelle clientèle, et qu'il a l'intention d'en tenir compte.
Le responsable de la programmation sera Andy Willick, tandis que M. Demois se focalisera sur l'aspect logistique, les partenariats et la satisfaction de la clientèle. Il s'apprête d'ailleurs à déménager dans la capitale fédérale, seule façon sérieuse de tâter le pouls de la communauté et de développer d'éventuels partenariats avec les commerçants.

Permis d'alcool

Dans ses cartons, le duo a quelques nouvelles idées à proposer à la clientèle du Bytowne. À commencer par «obtenir une licence d'alcool, parce que c'est ce qu'on avait à Toronto et à Kitchener, et on s'est rendu compte que les gens aiment beaucoup pouvoir apporter une coupe de vin ou de bière de microbrasserie dans la salle, pendant qu'ils regardent le film».

Le «nouveau» ByTowne poursuivra le système d'abonnements qu'avait mis en place l'ancienne administration. Mais le duo compte ajouter un second niveau d'abonnement, de façon à permettre aux grands habitués – «et je crois savoir qu'ils étaient nombreux à venir au moins une fois par semaine» – de profiter de «visionnement illimités».

Programmation numérique

Daniel Demois ajoute que, «sans que ce soit notre priorité», il compte proposer à court ou moyen terme, via Internet, une «programmation complémentaire» à celle proposée intra-muros. Cela lui permettrait de «diffuser plus de films que ce que permet l'exploitation d'un écran unique».

Dans la même optique, ils envisagent de poursuivre la tradition du ByTowne de contribuer au développement du Septième Art en hébergeant (voire en organisant) de petits festivals spécialisés.

Par contre, les cinéphiles qui appréciaient le bimensuel papier qui annonçait la programmation à long terme peuvent oublier cette tradition-là (tradition à laquelle Bruce White avait lui-même mis un terme en fin de mandat, l'opération étant fastidieuse et pas vraiment rentable).

L'infolettre hebdomadaire (numérique) du ByTowne est un outil qui fonctionne très bien, et qui permet déjà de rejoindre efficacement la clientèle, estime M. Demois, qui préfère concentrer ses énergies ailleurs.  

Une image du film <em>Daguerréotypes</em>, d'Agnès Varda

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Les «classiques» préférés de Daniel Demois:

First Cow, de Kelly Reichardt (2020)

The Swimmer, de Frank Perry (1968)
        

Les «classiques» préférés d'Andy Willick:

The Kid Detective, d'Evan Morgan  (2020)

Daguerréotypes, d'Agnès Varda (1976)


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La longue histoire du ByTowne

«Bruce [White] a construit quelque chose d'extraordinaire», reconnaît Daniel Demois.

En raison de sa longue histoire, le ByTowne – et le Towne, auparavant – est un «emblème culturel du cinéma canadien», dont la réputation est «sur le plan culturel, bien plus importante que les salles dont nous nous sommes occupés jusqu'à présent», avoue humblement M. Demois, qui fera tout ce qui st en son pouvoir pour en péréniser la réputation et le prestige.

Le ByTowne avait ouvert ses portes – en 1988, il y a 33 ans – sur la rue Rideau, là où se dressait déjà une salle de cinéma, le Nelson Theatre, depuis 1946. 

Son nom était un clin d'œil à celui du Towne, une salle de cinéma de répertoire auparavant située non loin, au 5 de la rue Beechwood, au coin de la Promenade Vanier.

Le Towne avait commencé à opérer en 1968, sous la gestion de la chaîne de cinémas 20th Century Theatres, avant d'être racheté 5 ans plus tard par un gestionnaire indépendant qui lui a trouvé une nouvelle vocation – le cinéma de répertoire – grâce à laquelle il a connu une grande popularité, retrace le site spécialisé Cinema Treasures. Le Towne a toutefois été rebaptisé New Edinburgh Cinema en may 1989, jusqu'à sa fermeture en 1989.

En s'installant sur Beechwood, le Towne perpétuait lui-même une tradition, car il reprenait l'espace du Linden Theatre, qui diffusait là des spectacles depuis 1947.