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Fin prête à être admirée depuis des mois mais inaccessible en raison de la pandémie, l'exposition <em>Rembrandt à Amsterdam</em> prend enfin l'affiche au Musée des Beaux-Arts du Canada
Fin prête à être admirée depuis des mois mais inaccessible en raison de la pandémie, l'exposition <em>Rembrandt à Amsterdam</em> prend enfin l'affiche au Musée des Beaux-Arts du Canada

Le MBAC accueille Rembrandt à l'île de la Tortue [PHOTOS]

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Fin prête à être admirée depuis des mois mais inaccessible en raison de la pandémie, l'exposition Rembrandt à Amsterdam prend enfin l'affiche au Musée des Beaux-Arts du Canada (MBAC), qui rouvre ses portes au public ce vendredi 16 juillet.

Rembrandt à Amsterdam. Créativité et concurrence, nom complet de cette exposition «majeure» présenté en première mondiale, est l'occasion de découvrir plus de 120 œuvres empruntées à plus de 30 collections et musées prestigieux d'Amérique du Nord et d'Europe, dont plusieurs toiles du maître prêtées par le Städel Museum de Francfort, et d'autres provenant du Prado (à Madrid), du Rijksmuseum (Amsterdam) et de la National Gallery de Londres).

Ces œuvres exceptionnelles ne sont pas toutes signées par Rembrandt van Rijn (1606-1669). Les toiles – et dessins et gravures – du maître entrent ici «en dialogue» avec des œuvres d'une vingtaine d'autres artistes, contemporains de Rembrandt qui furent ses amis, disciples ou rivaux, et une poignée d'artistes contemporains «de premier plan», essentiellement Noirs ou Autochtones.

<em>Rembrandt à Amsterdam. Créativité et concurrence, </em>exposition «majeure» présenté en première mondiale, est l'occasion de découvrir plus de 120 œuvres empruntées à plus de 30 collections et musées prestigieux d'Amérique du Nord et d'Europe, dont plusieurs toiles du maître prêtées par le Städel Museum de Francfort, et d'autres provenant du Prado (à Madrid), du Rijksmuseum (Amsterdam) et de la National Gallery (Londres).

Si les premiers permettent de comprendre un peu l’évolution de Rembrandt, ces derniers cherchent à «faire résonner autrement» cette période faste, en termes de production artistique, de commerce et d'exploration, qu'ont connue les Pays-Bas vers 1632 – année charnière dans la carrière de Rembrandt, qui déménagea à Amsterdam, où il put se frotter à une effervescente colonie artistique.

Ces œuvres plus récentes entrent quant à elles «en dialogue» avec le contexte colonialiste dans lequel s'inscrit cette période culturellement et économiquement florissante qui a «fait» Rembrandt.

Car il s'agit ici de présenter le peintre à travers «une multitude de voix», et notamment «des perspectives non occidentales», souligne le musée.

«Invitation» autochtone

C'est donc moins au MBAC d'Ottawa que tous ces peintres classiques sont accueillis, qu'«à l'Île de la Tortue», nom amérindien de l'Amérique du Nord, rappelle le directeur des initiatives en conservation du MBAC, Jonathan Shaughnessy, lors d'une visite de presse effectuée au pas de course, contraintes sanitaires obligent.

Afin d'accentuer symboliquement cette «invitation» autochtone en territoire algonquin non cédé, le visiteur doit, pour entrer dans la première salle d'exposition, physiquement traverser une habitation traditionnelle autochtone, œuvre métallique lumineuse (intitulée Maison longue de l’avenir) signée par l’artiste montréalaise Skawennati.

Quelques pas plus loin, la première chose qu'on découvrira, sans doute avant même ce portrait de Rembrandt dans la fleur de l'âge, c'est la réplique d'une ceinture wampum à deux rangs qui scella en 1613 un traité de paix et de coopération entre les colons néerlandais récemment débarqués en Amérique du Nord et le peuple Haudenosaunee (confédération de nations iroquoiennes). 

L’Aveuglement de Samson

Mais revenons à «l’extraordinaire carrière» dont Rembrandt à Amsterdam témoigne l'évolution en alignant non seulement ses peintures, mais aussi ses gravures, dessins et estampes.

Plusieurs des œuvres trônant au MBAC n'ont jamais été présentées au Canada. C'est notamment le cas de L’Aveuglement de Samson, une des pièces maîtresses de l'exposition, qui provient directement du Städel Museum. 

<em>L’Aveuglement de Samson</em>

Cette impressionnante toile consacrée au mythe de Samson et Dalila reflète parfaitement bien le réalisme et la finesse émotionnels dont Rembrandt savait – mieux que quiconque à son époque, sans doute – imprégner ses toiles, note  la conservatrice adjointe,  Kirsten Appleyard. «C'est une merveille pour les yeux», ajoute-t-elle, en partageant que cette image figée témoigne du «talent naturel» de Rembrandt pour le storytelling, et que «l'action» se dégageant de ce «chef-d’œuvre» est digne d'un film blockbuster.

«Rembrandt a traité un éventail remarquable de types de sujets à une époque où de nombreux artistes néerlandais choisissaient de se spécialiser», fait de son côté valoir Stephanie S. Dickey, conservatrice invitée du MBAC – et sommité internationalement reconnue sur Rembrandt et l’art néerlandais du 17e siècle – qui est à l'origine de cette exposition au MBAC.

«Rembrandt était un professeur et un mentor prolifique» ayant marqué son époque bien au-delà ses seules œuvres, estime-t-elle.

Les œuvres exposées offrent un panorama très large de sujets.

La première salle offre aux visiteurs une introduction à la culture et au commerce néerlandais au 17e siècle.

Rares paysages

Une salle est consacrée aux paysages. Si l'on exclue ses dessins et gravures, «Rembrandt n'a peint que 8 paysages» dans toute sa carrière, mentionne au passage Mme Appleyard ; «et on en a une ici», se réjouit-elle en désignant Paysage avec un pont de pierre, magnifique malgré sa taille plutôt humble, et qui a fait le voyage depuis le Rijksmuseum.

Une autre salle est «habillée» de représentations bibliques et mythologiques. 

Une troisième sert de galerie de portraits : ici, la première femme du peintre; ça et là, d'influentes personnalités d'Amsterdam assez riches pour se commander un portrait en pied, ou le duo de portraits qui immortaliserait leur couple.  

Une section s'intéresse en particulier aux gravures de Rembrandt.

Se greffent ça et là des scènes de la vie quotidienne et des natures mortes croquées par la crème de la crème des peintres néerlandais, telle cette Nature morte aux paons, toile par laquelle Rembrandt croque avec un remarquable sens du détail une scène sanguinolente – censée, peut-être, ouvrir l'appétit des chasseurs.

Les œuvres sont signées Nicolaes Maes, Govert Flinck, Bartholomeus van der Helst, Jan Lievens et Nicolaes Eliasz. Pickenoy.

Pour le MBAC, c'est aussi l'occasion de ressortir de ses voûtes quelques pièces maîtresses de la peinture néerlandaise, à commencer par Héroïne de l’Ancien Testament, signée Rembrandt (qui, joueur, laisse planer le mystère sur l'identité de son sujet féminin), ou encore La dentellière, une huile sur bois de Nicolaes Maes, fait valoir Mme Appleyard.

<em>Héroïne de l’Ancien Testament</em>, signée Rembrandt

«L’exposition jette un nouvel éclairage sur l’art de Rembrandt, [...] en tant que produit de cet environnement créatif unique », estime pour sa part la directrice générale du MBAC, Sasha Suda, qui se dit fascinée par le parcours de vie de Rembrandt, «marqué par des triomphes et des tragédies», à l'heure où, par dizaines, les «artistes talentueux se disputaient l’attention » des riches commanditaires d'art.

Esclavage

Mais si les années 1600 ont permis aux Hollandais et aux marchés européens de s'enrichir, grâce au commerce mondial et à la conquête colonialiste, la période a apporté son lot de «souffrances aux populations noires et autochtones d’Afrique, d’Asie et des Amériques, qui ont été exploitées, réduites en esclavage ou frappées par la maladie», rappelle l'institution muséale.

Aussi, cette exposition (tout comme sa programmation connexe, qui sera dévoilée ultérieurement) «reconnait que les musées d’aujourd’hui, peut-être surtout en Amérique du Nord, doivent reconnaître le contexte plus large du colonialisme», ajoute Mme Suda. «Cela favorise l’inclusion et enrichit l’expérience de nos visiteurs. »

Les deux nouvelles acquisitions du MBAC, deux sculptures monumentales modernes signées par deux artistes noirs – Tau Lewis et Rashid Johnson – installées dans les espaces publics du musée, contribuent à ce dialogue avec les œuvres plus classiques – en évoquant, entre autres thèmes, la migration et la transplantation (Capsule, de Rashid Johnson), ou la connexion avec les âmes des ancêtres (Symphonie, de Tau Lewis).

C'est aussi le cas de l'artiste congolais Moridja Kitenge Banza et de l'artiste cri Kent Monkman, dont les œuvres (De 1848 à nos jours / coupe de bateau négrier et Le triomphe de Miss Chief, respectivement) viennent s'insérer au milieu de toutes ces toiles de maîtres... et qui apportent ici et là une touche d'originalité et d'insolence, tout en dynamisant le classicisme ronflant de l'ensemble.

Rembrandt à Amsterdam. Créativité et concurrence restera à l'affiche sur l'Île de la Tortue jusqu'au 6 septembre. Après quoi, elle sera présentée au Städel Museum, en Allemagne, en conservant «peut-être» une partie du regard nord-américain que lui a conféré le MBAC, laisse entendre M. Shaughnessy.