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La directrice générale du Musée des Beaux-Arts du Canada, Sasha Suda, souhaite «ébranler» les pratiques muséologiques dont les racines sont «ancrées dans la pratique coloniale».
La directrice générale du Musée des Beaux-Arts du Canada, Sasha Suda, souhaite «ébranler» les pratiques muséologiques dont les racines sont «ancrées dans la pratique coloniale».

Le MBAC veut casser l'héritage colonial

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) a publié mardi son tout premier plan stratégique. Ce document, intitulé Transformer ensemble, vient énoncer les «profonds changements que le Musée aspire à réaliser au cours des cinq prochaines années».

Le plan s'articule autour de «cinq piliers stratégiques», visant notamment à offrir «des expériences artistiques transformatrices», à «inspirer les liens humains», et à «placer les façons d’être et les formes de savoir des Autochtones au cœur [des] actions» du musée. 

Ce faisant, l'objectif avoué du MBAC est d'«ébranler ses racines ancrées dans la pratique muséologique coloniale». 

Les autres orientations concernent le volet plus opérationnel de cette vénérable institution fondée en 1880. 

Les visiteurs du MBAC pourront constater les effets de ce plan d'action dès la réouverture – incessante – du musée, a affirmé la directrice générale des lieux, Sasha Suda.

«Une approche muséologique innovatrice a été adoptée pour l’exposition «Rembrandt», signale-t-elle, en rappelant que le MBAC a «invité trois conservateurs et historiens de l’art à raconter l’histoire de Rembrandt dans une perspective occidentale, noire et autochtone». 

«Deux commandes majeures d’art public contemporain entrent en dialogue avec l’exposition Rembrandt», souligne-t-elle, en référence aux œuvres de Tau Lewis, une artiste jamaïco-canadienne établie à New York, et de Rashid Johnson, un artiste noir établi à New York, que le MBAC présentera au fil des prochains mois. 

L'institution a également élaboré «de nouveaux énoncés d’objectifs, de vision et de mission qui orienteront son travail au cours des cinq prochaines années», souligne sa directrice générale.

«En consultation avec quatre aînés autochtones, le MBAC a reçu le don d’un terme algonquin «ankosé, signifiant relié» qui décrit son nouvel objectif.

 « Les aînés nous ont amené cette idée d’Ankosé. Le Musée doit se relier à la terre, à l’eau, aux créatures et au ciel qui l’entourent, [mais aussi] à l’art qui nous relie à l’histoire, au présent et au-delà, explique Mme Suda. C’est un bel idéal, un idéal [auquel] nous voulons nous montrer à la hauteur chaque jour en construisant le nouveau MBAC.»

Tau Lewis

Ébranler les colonnes «néocoloniales» du temple 

Sa vision , le MBAC la résume ainsi : «Nous envisageons un avenir dans lequel l’art a le pouvoir de construire des ponts, d’approfondir les relations et de favoriser l’avènement d’une société plus équitable».

Dans ce contexte, l'objectif du musée est de «favoriser» de façons concrètes «les interrelations dans le temps et l’espace», exprime Mme Suda, par voie de communiqué.

La grande «mission», du MBAC se traduira, elle, par des «expériences (muséales) dynamiques» susceptibles d'«ouvrir le cœur et l’esprit» et de «changer le regard que nous portons sur nous-mêmes, sur les autres et sur nos histoires respectives».

«La justice, l’équité, la diversité, l’inclusion et l’accessibilité (JÉDIA) et les façons autochtones de savoir et d’être sont des lentilles que le Musée utilisera pour aligner ses actions sur ses valeurs. »

Un plan d’action précis, dont les détails seront dévoilés plus tard cette année, permettra non seulement de «s’assurer que les efforts de transformation du Musée sont inclusifs, antiracistes», mais  aussi que de veiller à ce que ces efforts puissent «ébranler ses racines ancrées dans la pratique muséologique coloniale». 

Le Musée se voulant «un lieu d’inspiration et d’espoir pour les communautés qu’il a pour mission de desservir», Sasha Suda entend ainsi profiter de la fin de la période pandémique pour marquer une rupture avec le passé.

Monde post-COVID

Durant la crise sanitaire, «je crois que nous avons tous réalisé, de manière nouvelle et très personnelle, que les arts sont une source de soutien à la santé mentale extraordinairement importante pour faire face à l’anxiété, à la solitude et à l’isolement causés par la menace collective de la COVID-19 », soutient la première gestionnaire du MBAC.

« La pandémie nous a appris que les gens ont plus que jamais besoin des arts, conclut Mme Suda. Essayez d’imaginer ce qu’auraient été les 14 derniers mois si vous n’aviez pas pu lire un livre, écouter de la musique, visiter un musée, regarder un spectacle en direct ou regarder en rafale une série sur Netflix...»

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Renseignements: beaux-arts.ca