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L'oeuvre <em>Barcelone</em> de l'artiste Geneviève Cadieux est installée sur la façade sud du Musée des beaux Arts du Canada.
L'oeuvre <em>Barcelone</em> de l'artiste Geneviève Cadieux est installée sur la façade sud du Musée des beaux Arts du Canada.

L'œuvre Barcelone de Geneviève Cadieux flotte au sommet du MBAC [VIDÉO]

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Le Musée des Beaux-Arts du Canada (MBAC) a accroché sur sa façade extérieure sud Barcelone, un collage photographique signé par l'artiste québécoise Geneviève Cadieux. Les badauds pourront contempler cette œuvre aux proportions monumentales pendant un an.

Non seulement s'agit-il de «la plus grande œuvre photographique jamais installée par le MBAC», mais Barcelone est aussi la première installation photographique à s'inscrire dans le programme Femmes en tête, souligne l'institution muséale.

Voilà qui explique sans doute le traitement de faveur réservé à Barcelone. C'est en effet la toute première fois qu’une œuvre d’art est installée sur la façade sud de l’édifice, habituellement réservé aux grandes bannières annonçant les expositions à découvrir au MBAC.

Il ne s'agit pas à proprement parler d'une nouvelle œuvre de l'artiste visuelle de réputation internationale: initialement créée en 2003, Barcelone a été revue par son auteure en prévision de cette initiative du MBAC – dont l’édifice est pour l'instant toujours fermé au public, en raison de la pandémie.

Reste que pour Geneviève Cadieux –invitée à Ottawa, mercredi 2 juin, pour inaugurer l'installation et rencontrer les représentants des médias – il s'agit tout de même d'une «nouvelle expérience» visuelle, tant pour le public que pour l'auteure de l'œuvre.

L'échelle, plus colossale, les changements apportés à la séquence des images, sa présentation en ligne droite (plutôt qu'en arc de cercle), l'effet que donne la juxtaposition des photos posées le long de «l'architecture monumentale presque masculine» de la façade du musées, change fondamentalement  l'expérience, dit-elle.

L'artiste québécoise Geneviève Cadieux a été invitée à Ottawa, le mercredi 2 juin, pour inaugurer l'installation <em>Barcelone </em>et pour rencontrer les représentants des médias. 

Dimension cinématographique

Et puis le thème central de l'œuvre – la solitude – ne peut que résonner différemment dans le cœur des passants, en cette période de (fin de) «confinement, où tout le monde a pu ressentir sur un plan très personnel le sentiment d'isolement. Donc chaque spectateur peut comprendre l'oeuvre à sa façon, et pas seulement en fonction de l'idée de solitude amoureuse», argue-t-elle.

L'artiste rappelle enfin que «c'est le lieu qui, bien souvent, dicte le choix d'une oeuvre» ou le geste artistique. Or, l'architecture du MBAC, la répétition des lignes verticales et des parties fenestrées de la façade latérale font résonner la dimension cinématographique de «Barcelone», œuvre se présentant sous forme de séquence imagée.

«C'est très rythmé [visuellement]. C'est incroyable comment elle s'intègre; il y a entre la façade et l'œuvre une synergie qui fonctionne très bien.»

L'affinité des sœurs Cadieux avec le Septième Art a d'ailleurs pris racine à Ottawa, car leur père a été un temps propriétaire du cinéma Towne (devenu le Bytowne), rappelle l'artiste.

Cette version revisitée de Barcelone se décline en neuf images juxtaposées (plutôt que onze, dans l'oeuvre originale) mesurant chacune plus de 4 m. de haut sur 5 m. de large).

L’œuvre déroule «un récit», voire un dialogue silencieux, entre la sœur de l'auteure – la comédienne Anne-Marie Cadieux – et son conjoint d’alors, Hubert Marsolais. Son titre, «Barcelone se veut un jeu de mots faisant l'amalgame des termes «seul» et «alone», fait remarquer Geneviève Cadieux. Ainsi, les deux personnages s’observent l’un l’autre, tout en gardant leurs distances.

Des images de soleil qui viennent s'intercaler au sein de cette séquence cinématographique; s'en dégage une impression de déplacement, comme si l'astre marquait aussi le passage du temps, note la conservatrice principale de l'art contemporain au MBAC, Josée Drouin-Brisebois. 

Cette dernière estime que la présence de Barcelone en extérieur, visible par tout un chacun, «humanise un peu un musée qui peut sembler froid», notamment en raison de son architecture qui en impose. Elle se réjouit que cette œuvre d'art contemporain s'offre au regard de tous ceux qui n'oseraient pas pénétrer dans l'enceinte du musée.

Exposer à l'air libre à Ottawa, ville où Geneviève Cadieux a vécu toute son adolescence et sa vie de jeune adulte, est une expérience particulièrement réjouissante «en raison de mon histoire familiale et personnelle», ajoute la Montréalaise, un pincement nostalgique dans la voix.

Mme Cadieux se souvient du plaisir qu'elle éprouvait à déambuler dans la National Gallery of Canada (qui n'était pas encore situé sur la promenade Sussex) à l'époque où elle poursuivait ses études en peinture à l'Université d'Ottawa.

«Je n'aurais jamais pensé que Barcelone puisse devenir une œuvre d'art 'publique'. Je suis bien heureuse qu'on 'libère' cette façade» pour une faire une vitrine artistique accessible à tous,  se réjouit-elle. «C'est, je pense, la plus importante œuvre publique que j'ai jamais réalisée», ajoute l'artiste.

Barcelone est la troisième œuvre signée Geneviève Cadieux que le Musée des beaux-arts du Canada a acquis au fil des ans. La dernière collaboration d'envergure entre l'artiste et l'institution remonte à plus de 15 ans.

Lauréate d’un des Prix du Gouverneur général en arts visuels et médiatiques en 2011, Geneviève Cadieux a décroché le prestigieux Prix Paul-Émile Borduas en 2018 et représenté le Canada à la Biennale de Venise.

Ses installations photographiques sont souvent de dimensions imposantes. L'artiste aime aborder le corps humain «comme un paysage»; son œuvre dénote de son affection pour le portrait et pour le langage du cinéma et de la publicité.

Série extérieure Femmes en tête

La série photographique «Femmes en tête» sera constituée de trois œuvres «majeures» signées par trois Canadiennes. Après Barcelone, qui sera exposée jusqu’au printemps 2022, sera installée une œuvre de la Montréalaise Deanna Bowen.

«Nous voulions promouvoir des œuvres de grande envergure réalisées par certaines des plus grandes femmes artistes de tout le pays, et l’extraordinaire travail de Cadieux au Québec et à l’international occupe pour la première fois tout le côté sud de notre magnifique édifice», a expliqué la directrice générale du MBAC, Sasha Suda, «ravie» d'inaugurer la série Femmes en tête avec le nom de Geneviève Cadieux.

«Je crois que l’art doit toujours faire partie de la vie des gens, et c’est ce que fait cette œuvre», a ajouté Mme Suda.