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Jeff Homère (alias LeFLOFRANCO) et ses collègues administratrices de l'APCM, Rayannah (en bas) et Jessy Lindsay. Ces trois administrateurs de l'APCM forment aussi le comité Diversité et lnclusion de l'organisme.
Jeff Homère (alias LeFLOFRANCO) et ses collègues administratrices de l'APCM, Rayannah (en bas) et Jessy Lindsay. Ces trois administrateurs de l'APCM forment aussi le comité Diversité et lnclusion de l'organisme.

Trille Or: une conférence sur le racisme au sein l’industrie musicale francophone

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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La 11e édition du Gala Trille Or, la cérémonie de reconnaissance de l'excellence du milieu  musical franco-canadien, débute ce vendredi 28 mai, avec le Gala Industrie, dans le cadre duquel seront remis 19 trophées (en attendant le grand Gala Trille Or, repoussé au 19 juin).

Plusieurs activités virtuelles – destinées aux artistes, gérants, agents et diffuseurs, mais le grand public pouvait toutefois y accéder  – gratuites sont organisées en marge de ce premier gala.

Parmi ces activités, deux conférence tenues sur Zoom ont eu lieu, jeudi 27 mai: la première, portant sur la multidisciplinarité, a permis à Manon St-Jules, Katia Café-Fébrissy, Marie-Clo, Mélanie Dumont et Marcel Aymar de parler des nouvelles avenues créatives qui s'offrent aux artistes.

La seconde, explorait «le silence du milieu culturel» face au mouvement Black Lives Matter (BLM). Une poignée de personnalités artistiques issues de la communauté noire ont pris la parole pour évoquer «le racisme dans l’industrie culturelle francophone».

Cette seconde conférence était organisée par le vice-président le l'Association des professionnels de la chanson et de la musique (l'APCM, qui administre les Trille Or), Jeff Homère, et par les auteures-compositrices-interprètes Rayannah (Kroeker) et Jessy Lindsay (elles aussi membres du c.a. de l'association). Ce trio forme, au sein de l'APCM, le comité Diversité et lnclusion.

Jeff Homère, alias le rappeur LeFLOFRANCO, participait aux échanges à titre d'animateur, au côté des Sympa César, Alpha Toshineza et Sabine Daniel, panélistes invités.

La conférence n'avait pas pour but de dénoncer un racisme larvé qui aurait fermenté au sein de l'industrie musicale, mais de s'interroger sur de meilleures pratiques. Tout en se demandant pourquoi le milieu culturel n'a pas fait davantage écho au mouvement BLM.

LeFLOFRANCO

Au sein du «comité, on trouvait notre milieu un peu silencieux depuis la mort de Georges Floyd et on se demandait pourquoi. Qu'est-ce qu'il veut dire, ce silence Comment les panélistes, l'ont vécu?» a soulevé Jeff Homère. La discussion ne se voulait «pas strictement liée à BLM, mais devait «aborder de façon plus générale la problématique du racisme systémique».

L'idée, poursuit Le FLo Franco, c'est d'adopter «une approche intersectionnelle» afin d'«ouvrir la conversation, dans l'optique d'avoir une discussion calme et ouverte – pas pour pointer du doigt ou se plaindre.  Et trouver peut-être des pistes de solutions entre nous, pour voir comment briser ce silence.»

«En tant qu'organisme, c'est très important de se positionner», enchérit Rayannah Kroeker, selon qui cette discussion aurait dû être amorcée il y a bien longtemps, car «le racisme systémique et toutes les autres formes d'oppression [...] existent depuis bien trop longtemps», dans toutes les sphères de la société. La Franco-manitobaine voit cette discussion  comme l'«occasion d'utiliser cet élan [BLM] pour effectuer des changements.»

 Travail de longue haleine

Il faut aussi «mettre cette conversation en contexte avec les autres types d'oppression qui existent, soutient-elle. On ne peut pas parler de racisme sans parler d'homophobie ou de sexisme. Et ce type de travail est de très longue haleine : on sera, tous, constamment en apprentissage, on n'aura jamais fini».

Les paroles ou geste racistes dont a pu être témoin LeFLOFRANCO, sont rarement dits ou posés «de façon volontaire ou consciente». «J'entends parfois le commentaire : 'Toi, tu es un ami, je ne vois même plus que tu es Noir', illustre-t-il. C'est dit sans vouloir offenser; je sais que ce commentaire vient d'une 'bonne place'. Mais en même temps, moi qui m'identifie comme homme noir et qui mets de l'avant mes racines haïtiennes, c'est comme si on me disait 'Je ne vois pas ta couleur'... et ça pourrait poser problème à quelqu'un de plus sensible que moi. Il y a souvent une meilleure façon de dire les choses.»

Rayannah Kroeker

LeFLOFRANCO fait du hip hop, «un créneau très particulier, pour notre province». L'artiste se heurte «souvent» à la frilosité des diffuseurs. «Ils me disent : 'Nous autres, dans notre coin de pays, [le public] n'est pas prêt. On ne sait pas comment t'accueillir ou vendre ça'. Ce genre de commentaires – qui est juste, mais qui n'envoie pas nécessairement un bon message – me laisse un peu perplexe. Mais je dois continuer à aller de l'avant.»

C'est une des raisons qui l'a poussé à organiser et produire les soirées «Hautes Vibrations», qui réunissent différents artistes hip hop, R&B et/ou émergents que certains diffuseurs, pour des considérations financières, rechignent à accueillir.

Jeff Homère assume le «côté revendicateur» de ces soirées. Mais le geste est avant artistique : «Je fais de la musique pour la partager et aller rencontre du public. Je suis encore en développement dans ma carrière. Si les opportunités ne viennent pas, est ce que je veux rester à attendre et chialer, ou me créer mes [propre] opportunités?» 

Hautes Vibrations s'est nourri de cette énergie-là, comme pour «montrer qu'on n'a pas nécessairement besoin de dépendre de la demande ou du système de diffusion mis en place».

Exclusion

 L'industrie canadienne, abonde Rayannah, associe de longue date «certains genres musicaux à des genre de couleurs de peau» et a pris, par la bande, et moins par racisme que par manque d'intérêt, la mauvaise habitude de «les exclure de systèmes de financement ou de ne pas avoir la bonne personne sur les jury pour bien défendre leurs projets».

«La représentativité, ça doit se faire a tous les niveaux», poursuit la chanteuse. Le regard condescendant ou distant sur le hip hop, «c'est une mentalité qui doit changer.» 

De nos jours, c'est le type de musique qui exerce la plus grande influence sur l'ensemble de la société, rappelle Rayannah – et «ne pas reconnaître ça, c'est une problématique qu'on doit explorer. Il faut regarder pourquoi on est encore dans un système qui ne réussit pas à bien 'vendre' ou comprendre cette musique-là.»