Chronique|

Vive les commerces au centre-ville

À Gatineau, la nouvelle concernait une épicerie et a été très bien reçue. Enfin, a-t-on appris dans les pages du Droit, le centre-ville du secteur Hull, là où les rues résidentielles et les tours de bureaux se côtoient, il y aura un vrai supermarché. On ne connaît pas le nom de la bannière, mais une chaîne a accepté de s’y installer.

MARIE-CLAUDE LORTIE / Banale l’ouverture ou la fermeture d’un commerce? Pas du tout.


Cette semaine, deux nouvelles concernant deux espaces de vente ont crucialement marqué l’actualité urbaine, dans deux villes québécoises totalement différentes, à 300 kilomètres l’une de l’autre.

Parlons-en.

À Gatineau, la nouvelle concernait une épicerie et a été très bien reçue. Enfin, a-t-on appris dans les pages du Droit, le centre-ville du secteur Hull, là où les rues résidentielles et les tours de bureaux se côtoient, il y aura un vrai supermarché. On ne connaît pas le nom de la bannière, mais une chaîne a accepté de s’y installer.

L’absence de réelle grande surface pour acheter de la nourriture, dont des produits frais, à prix accessibles, est un problème depuis une vingtaine d’années dans ce secteur qui est un vrai désert alimentaire, où la seule offre se résume à des restaurants, des dépanneurs et quelques commerces spécialisés.

Des élus seront d’ailleurs présents pour l’annonce officielle, jeudi prochain. Il était temps que ça bouge!

À Victoriaville, dans les Bois-Francs, la nouvelle était totalement différente.

Là, c’est l’annonce de la fermeture d’une succursale de la Société des alcools du Québec (SAQ) au cœur de la zone commerciale du centre-ville pour la déplacer dans une zone résidentielle excentrée, qui a déclenché des réactions enflammées des élus et du monde des affaires. Et une discussion cruciale.

«La SAQ ne peut, à elle seule, à partir de son siège social de Montréal, affaiblir et remettre en cause ce que les élus de deux niveaux de gouvernement identifient comme essentiel pour l’organisation des services dans nos communautés», a écrit Antoine Tardif, le maire de la ville et aussi premier vice-président de la Fédération québécoise des municipalités, dans une lettre ouverte publiée jeudi.

«Comme société d’État, la SAQ ne peut se mettre au-dessus de l’État.»

Le message du maire est clair. Tout allait bien au centre-ville. Et là, «le premier coup dur à notre communauté risque de venir du gouvernement lui-même».

Dans sa lettre ouverte, M. Tardif souligne aussi avec raison que la SAQ est un monopole d’État et que son principal actionnaire est donc la population québécoise, par le biais de ses élus.

Ainsi, elle n’est pas au-dessus des décisions prises dans un contexte démocratique pour satisfaire ses ambitions de ventes et de profits. Ce n’est pas une entreprise privée.

Et il aurait pu ajouter que ce n’est pas la première fois que la société d’État agit ainsi et que depuis une quinzaine d’années la province est parsemée de communautés dont les cœurs commerciaux ont été chamboulés par le départ d’une de ses succursales, de Shawinigan à Ayer’s Cliff, en passant par Pointe-Saint-Charles, Rimouski, le Vieux Québec et bien d’autres secteurs.

Même le député de la Coalition avenir Québec à Victoriaville, Éric Lefebvre, n’est pas impressionné par la décision de la SAQ.

«On doit soutenir nos centres-villes et les sociétés d’État devraient donner l’exemple», a-t-il commenté, en ajoutant que les priorités du plan d’aménagement du territoire proposé par son gouvernement en juin, qui mettent l’accent sur la densification des centres-villes, devaient être respectées.

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Les commerces et les institutions forgent nos communautés. C’est pourquoi il est important que le secteur privé soit solidaire des élus pour créer des situations urbaines gagnantes pour tout le monde, comme ça semble s’annoncer à Gatineau.

Et c’est pourquoi le secteur public doit utiliser les leviers en son pouvoir pour créer les étincelles de départ nécessaires, si c’est ce qu’il faut pour que des commerces viennent changer le visage de certains secteurs urbains.

C’est pourquoi il faut que le nouvel hôpital de l’Outaouais soit construit au centre-ville de Gatineau, avec tout son pouvoir structurant, qui aidera autant les commerces, le développement résidentiel, que la santé des transports en commun.

C’est pourquoi, la mairesse des Bergeronnes, sur la Côte-Nord, a eu raison de s’insurger il y a quelques mois quand Desjardins a décidé de fermer sa caisse locale pour envoyer les clients aux Escoumins.

C’est pourquoi la SAQ devrait laisser sa succursale au centre-ville de Victoriaville.

Et c’est pourquoi il est grand temps de rappeler à la SAQ qu’elle n’est pas un commerce comme les autres. Elle a une responsabilité face à la population et ses élus, enchâssée dans la nature de son monopole. Une société d’État ne peut pas décider à elle seule si une politique du gouvernement s’applique ou non.

Et en même temps, le gouvernement lui-même se doit d’être cohérent avec ses choix. Il ne peut pas décider d’un côté qu’il a une politique d’aménagement en faveur de la densification urbaine, et de l’autre laisser faire la SAQ sans dire un mot et aussi construire un hôpital de plusieurs milliards dans une zone excentrée d’un centre-ville.

En attendant, à Gatineau la promesse d’un nouveau supermarché au centre-ville a tellement souvent été évoquée puis éteinte, qu’on a de la difficulté à croire que ça se fera vraiment, maintenant, enfin.

Dans le fond, peut-être que ce qu’il faudrait, avant toute chose, c’est décider tout de suite d’installer dans la grande artère commerciale historique du coeur de la ville, la rue Eddy, une vraie belle grande succursale de la SAQ.