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Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Le propriétaire des Sénateurs d'Ottawa, Eugene Melnyk
Le propriétaire des Sénateurs d'Ottawa, Eugene Melnyk

Les Sénateurs et le mirage gatinois

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CHRONIQUE / Tout allait bien, pour une fois.

Les Sénateurs ont - enfin - quitté la cave du classement.

Le plan de relance de l’organisation s’articule autour d’une petite poignée de jeunes joueurs. Ils ont presque tous progressé, durant l’hiver. On peut même affirmer que certains ont effectué des pas de géant.

En plus, ces jeunes joueurs ont l’air de sincèrement s’amuser. De loin, on a l’impression qu’ils forment une belle équipe unie. Ils ont même l’air fiers de porter le maillot.

Pour la première fois depuis longtemps, le seul club sportif des ligues majeures de la capitale a l’air de se diriger vers des jours meilleurs.

Il fallait que le propriétaire du club se mêle à cette belle histoire. Lors de sa participation au podcast des Torontois Bob McCown et John Shannon, mercredi, il nous a vite rappelé pourquoi les Sénateurs viennent de connaître quatre longues années de misère.

C’était pourtant bien parti.

Eugene Melnyk a d’abord parlé des joueurs de talent que les Sénateurs essaieront d’attirer, dans les prochains mois. Quand il parle d’un «très fiable défenseur à caractère défensif» et d’un «centre d’expérience capable de diriger le premier trio», on a l’impression qu’il écoute ses hommes de hockey. On comprend qu’il veut prendre les moyens de mener son équipe au prochain niveau.

On ne peut pas le contredire. Les Sénateurs formeraient une bien meilleure équipe s’ils pouvaient s’enrichir à ces deux positions.

C’est tout ce que M. Melnyk a dit, par la suite, qui passe de travers.

Il critique à maintes reprises un ancien dirigeant, qu’il prend bien soin de ne pas nommer, mais qui pourrait être Cyril Leeder.

M. Leeder, malgré ses défauts, a donné trois décennies de sa vie aux Sénateurs. L’équipe n’aurait peut-être jamais vu le jour, au début des années 1990, sans lui.

M. Melnyk passe ensuite dans le tordeur un ancien capitaine. Encore une fois, il n’identifie pas le joueur. Il pourrait fort bien s’agir de Daniel Alfredsson, un homme droit et fier qui a donné sang et sueur à l’équipe, en plus de s’approprier à peu près tous ses records offensifs individuels.

Enfin, il s'en est pris à la Ville d’Ottawa et à ses politiciens, qui lui ont «rendu la vie très difficile» au fil des ans.

MM. Leeder, Alfredsson, le maire Jim Watson, ses conseillers et ses fonctionnaires ont pourtant un gros point en commun. Ils souhaitent tous la réussite, à long terme, de son entreprise. Ils comprennent tous l’importance de l’équipe pour sa communauté. Ils veulent tous voir Ottawa gagner.

M. Melnyk parle du projet des plaines LeBreton comme d’un «mauvais rêve».

Encore une fois, il fait bande à part.

Des tas de gens étaient convaincus qu’il s’agissait du site tout indiqué pour assurer la pérennité des Sénateurs. Les fans rêvaient d’un centre-ville revigoré. La communauté des affaires aussi. Les politiciens de tous les paliers de gouvernement étaient à bord. Même la très réfractaire Commission de la capitale nationale avait fini par se rallier.

M. Melnyk parle maintenant d’un nouveau building à Kanata. C’est probablement la seule option qui demeure.

Je ne crois pas une seule seconde au projet d’un amphithéâtre à Gatineau.

Avant de se lancer sérieusement à la recherche d’un terrain vacant, il devrait d’abord consulter ses partisans. La majorité anglophone ontarienne serait-elle seulement prête à traverser un pont pour suivre son équipe?

Pour chaque amant de la nature qui s’élance sur les pistes de ski de fond du parc de la Gatineau, pour chaque consommateur averti qui achète ses caisses de Coors Light au Costco des Promenades, on compte combien de banlieusards frileux pour qui la frontière constitue un obstacle infranchissable?

Et les Québécois, dans tout ça?

Depuis 30 ans, déjà, ils ont du mal à s’identifier à cette organisation qui n’a jamais vraiment su comment leur parler.

Est-ce que tout changerait du jour au lendemain, comme par magie, si un gros aréna poussait sur leur territoire?

•••••

Nous n’en avons pas vraiment parlé, la semaine dernière. Dans leurs bilans respectifs, D.J. Smith et Pierre Dorion ont tous deux affirmé que Eugene Melnyk aura son mot à dire, dans le choix du prochain capitaine.

Je trouvais ça curieux. À ma connaissance, les propriétaires des autres équipes ne se mêlent pas de ces histoires.

J’ai demandé à des gens qui s’y connaissent plus que moi.

«C’est ridicule», m’a répondu un ancien joueur.

Au moins, dans le podcast du duo Shannon/McCown, M. Melnyk nous a un peu éclairés.

Le prochain capitaine, dit-il, devra d’abord signer un contrat à long terme. Il est impensable de coudre le «C» sur le chandail d’un type qui n’est pas prêt à s’engager à long terme.

Le message pourrait difficilement être plus clair pour Brady Tkachuk...