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Brigitte Lavigne, une fidèle participante de la Fin de semaine des courses d’Ottawa, a reçu un diagnostique d’un cancer du poumon incurable
Brigitte Lavigne, une fidèle participante de la Fin de semaine des courses d’Ottawa, a reçu un diagnostique d’un cancer du poumon incurable

Rendez-vous au fil d’arrivée... en 2031

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
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Même un cancer du poumon incurable n’allait pas l’empêcher de participer à la Fin de semaine des courses Tamarack d’Ottawa, un de ses rendez-vous favoris du printemps.

Brigitte Lavigne est prête pour l’épreuve de marche de deux kilomètres qu’elle se tapera le 26 juin prochain. Elle a déjà choisi ses espadrilles et le maillot qu’elle enfilera.

Sur ce vêtement, on retrouvera un ruban blanc, symbole de la lutte contre le redoutable adversaire contre qui elle se bat.

«J’ai un ruban blanc, aussi, dans la vitre de ma maison. Les gens dans mon quartier m’appuient. Je suis très volubile au sujet de ma situation. C’est important que les gens sachent que si tu as des poumons, tu es susceptible d’avoir un cancer. Je veux sensibiliser les gens.»

Son état de santé a pris un virage pour le pire en août 2020. Elle avait alors l’âge de 46 ans. Les médecins ont rapidement mis le doigt sur le bobo.

On lui a diagnostiqué un adénocarcinome, un cancer qui prend habituellement naissance dans les cellules glandulaires situées dans la partie externe du poumon. Autre mauvaise nouvelle: il se trouvait déjà à un stade très avancé.

Un dur coup à encaisser pour cette mère de famille de deux jeunes ados qui menait une vie bien rangée dans un quartier paisible d’Ottawa.

«J’étais en santé. Je mangeais bien. Je faisais de l’exercice. Je ne fumais pas. Je ne buvais pas. C’était difficile à digérer. Je pensais que l’espérance de vie serait très courte. J’ai pensé à ma fille (13 ans) et mon garçon (11 ans). J’ai pensé à mon mari qui pourrait devenir veuf dans la quarantaine ou au début de la cinquantaine.»

Mme Lavigne avait pris l’habitude de courir «quelques fois par semaine». «Un 5 km avant le travail... C’était un mécanisme qui me permettait de faire le vide et oublier un peu tout», explique la fonctionnaire.

«Maintenant, si j’essaie de courir cinq kilomètres, je respire fort. Je dois me concentrer sur ma respiration. Les jambes ne suivent pas. J’ai effectué quatre ou cinq tentatives jusqu’ici...»

On parle ici d’une adulte qui avait participé à la Fin de semaine des courses plus d’une dizaine de fois depuis son arrivée dans la capitale nationale pour ses études à l’Université d’Ottawa, il y a un quart de siècle.

«J’ai couru le 5 km, le 10 km et même le demi-marathon. J’aime l’énergie qu’on retrouve à cet événement. Il y a aussi une ambiance de fraternité. Tout le monde s’aide, que ce soit un nouveau coureur ou un athlète élite.»

La pandémie a forcé la tenue de l’événement en mode virtuel pour une deuxième année de suite. Les participants se tapent la distance de leur choix sur le parcours de leur choix au moment qui leur convient en mai et juin.

Plus de 8000 personnes se sont inscrites jusqu’ici en 2021.

Quand elle a passé plusieurs semaines à l’hôpital à la fin de l’été dernier, Mme Lavigne ne pensait jamais pouvoir enfiler à nouveau ses souliers de course. Elle devait se déplacer avec l’aide d’une marchette à son retour à la maison.

«Même quand je reprenais mes forces pour marcher, je t’aurais dit d’oublier ça la Fin de semaine des courses.»

Et si elle prend le départ d’un 2 km dans les prochaines semaines, c’est pour «toutes mes consœurs qui souffrent d’un cancer du poumon et qui ne peuvent pas faire une course». «Je veux montrer aux gens qu’on est capable de faire des choses», dit-elle.

«Je veux montrer que c’est important de faire du dépistage tôt pour éviter d’être identifié au stade 4 comme c’est mon cas. Ce n’est pas curable pour l’instant. Je dois suivre des traitements jusqu’à la fin de mes jours.»

Mme Lavigne doit se rendre à une clinique deux fois par semaine afin qu’on lui retire le liquide qui s’accumule autour de ses poumons. Un cathéter lui a été inséré entre les côtes.

«Je ne pourrais pas vivre sans ça. Quand on me retire ce liquide, je peux tellement mieux respirer.»

Le 26 juin, elle ne sera pas seule à se taper cette marche de deux kilomètres. Une douzaine de membres du chapitre local de Cancer Pulmonaire Canada l’accompagneront sur cette distance.

Le groupe a récolté plus de 13 000 $ en dons.

«Pour aider notamment à améliorer les traitements. Chaque mois, il y a de nouvelles approches qui donnent espoir. Il y a 10 ans, une personne qui avait le même diagnostic que moi serait déjà décédée.»

Les statistiques reliées à la survie après cinq ans n’ont rien de trop encourageant, variant entre 0 à 10 %.

Brigitte Lavigne se donne le droit d’espérer. Elle s’est fixé l’objectif de courir le 5 km l’an prochain. Elle nous a donné rendez-vous dans dix ans au fil d’arrivée de la Fin de semaine des courses pour une autre entrevue.

Nous nous sommes empressés d’accepter l’invitation. C’est déjà inscrit à notre agenda du printemps 2031.